masque blanc

masque blanc
Masque blanc

Blanc le masque de l'horreur
Qui déchire le ciel de cendres de l'aube
Frappe la terre ensanglantée de maïs piétiné
Transperce la chair de flèches atrophiées

Ça court, ça crie, ça meurt. Tout devient flammes, flammes et sang. Le rouge fuit dans une fumée hurlante, tout tourne.
Il faisait nuit, leurs torches font le jour pour le malheur et la mort.
Leur soleil est celui de notre dernier jour, nous l'alimentons.
La fumée est grasse des corps calcinés.

Blanc le masque de l'horreur
Ouvert sur les portes de la folie de fer
Les arbres, nos frères, les gens tombent chacun son tour
Epousent la terre pour se libérer de la terreur

Les cris se sont éteints avec mon peuple, ces hommes pâles sont repartis comme ils étaient venus, dans leurs chariots de haine, faisant le silence derrière eux.
Ils enfermeront les restes de nous, étoufferont ce qui braisait encore sous les morceaux inertes. Les têtes se sont courbées, nous aimons nos enfants, nous les préférons enchaînés mais vivants, nous sommes peut-être faibles, qu'en penses-tu ?
Ils occuperont nos terres et nous passerons pour les sauvages.
Nos corps nourriront leurs enfants, ils en feront leur suprématie morale.

Impunité pour les masques blancs
Victoire et gloire à eux qui crient partout leur courage et leur bonté
Qui brandissent les droits de l'homme
Qui ont massacré mon peuple
Ils sont assis sur un fumier de vols, de meurtres, de trahisons, d'usurpations
Regarde, masque blanc, tes livres réécrivent l'Histoire pour ton profit
Au lieu d'accuser tes voisins, regarde ton propre charnier, nettoie si tu peux l'abominable
Ouvre bien grand tes yeux sur la pourriture sur laquelle tu fondes tes valeurs
Et ose maintenant civiliser le monde, oui, ose !

texte: tigrou => verslisants pour un journal 100% gratuit et 100% littéraire

# Posté le jeudi 01 mai 2008 04:48

les cendres

les cendres
TEXTE ABSOLUMENT NON AUTOBIOGRAPHIQUE

Les cendres

Le silence à garder comme un secret
Secret sournois-serpent
Un secret glissant des n½uds-liens dans le corps
Au travers du corps, flèches de métal en sang
Pas de cris, que le blanc des mots, le non son
Le premier mot effacé empêche tous les autres.
Le temps qui passe en fait des colliers. Pas de ces colliers de perles qui illuminent, non, des colliers de chiens avec des chaînes enroulées tout autour de la gorge.
Elles sont lourdes, elles noient dans la boue ce qu'elles retiennent, objets désarticulés par le désespoir.
Elles retiennent des prisonniers involontaires volontaires par obligation.
A force d'être brûlés pour ne pas êtres dits, les mots cachés deviennent cendre-gris, il y en a des cuillères et des cuillères, chaque bouchée rouvre la blessure devenue insensible à l'extérieur :
Le sang c'est à l'intérieur, après les cendres.
Le c½ur devient cendrier, forcément, les poumons des feux de vie inétouffable, malheureusement.
Les cendres, c'est comme la lèpre, ça se répand, insidieusement, ça envahit l'éclat des yeux, les couleurs de la peau, ça rend gris-cercueil.
Cendres tu es, aux cendres tu retourneras
Ainsi soit-il (Amen ?), ce soir encore j'obéirai, mon corps obéira, ce soir encore, il me violera.
Il y a un mot pour ça
Il ne peut être prononcé
Il ne peut être pensé, même
Il a la clef de ma vie dans son pantalon,


Mon père.

texte: tigrou

# Posté le jeudi 21 février 2008 16:03

Modifié le vendredi 07 mars 2008 03:27

envie particulière

envie particulière
Envie particulière

Envie de dessiner à la craie les contours de quelque chose d'invisible, d'indessinable maintenant que j'y pense. C'est pour ça que je dis que j'en ai envie, et pas que je le fais. Il y a des choses comme ça dont on a envie mais qu'on ne peut ou doit pas faire.
Je m'explique... Je voudrais marcher, marcher, jusqu'au bout du monde, là où le désert remplace le bitume, là où on voit les étoiles
Une étoile, l'étoile du livre
Je voudrais faire mon sac, là, maintenant, en le remplissant de ces choses irremplaçables qui ne servent à rien d'autre qu'à faire rêver, un galet peint, des coquillages, un dessin de phare à l'encre de Chine,...
Pas de photos, pas de souvenirs, pour ne pas alourdir de tristesse le voyage.
Je voudrais laisser tout le reste et partir, me diriger avec une boussole intérieure que tu connais sans doute, celle qui guide tes pas quand tu fermes les yeux.
Je voudrais me lever le matin avec un sourire qui ne me quitterais jamais, pour ne pas avoir peur de me remettre en route.
Je voudrais ne plus rien devoir à personne, et exister, enfin exister pour celui que je suis, avec mes contradictions, que le nom qu'on leur donne s'évapore pour qu'on ne voit plus que les choses claires et pures.
Le Ciel ?
Je ne pourrai plus jamais faire ça ou même imaginer le faire.
Je suis là mais plus pour longtemps.
Je ne bougerai plus...
Toi tu es attaché, mais tu peux bouger. Tu avances, tu recules, tu parles.
Moi, même plus. Je devine un café à ma droite, une rue, habitée sans doute, à ma gauche. Je devine, je ne sais plus.
Tu sens le papier sous tes doigts, toi.
Moi je ne sens plus rien d'autre que le sang, l'odeur du sang qui m'abandonne.
Reviens, petite voiture bleu-fuyant, ramasse moi, que je vois au moins le soleil se lever, pour ne pas mourir dans le noir.
Dans le noir, et seul.
Je ne suis pas Prince, j'ai peur devant le venin du serpent doré de la mort...

texte: tigrou

# Posté le jeudi 21 février 2008 16:00

Modifié le vendredi 07 mars 2008 03:26

Paris, France, 1940

Paris, France, 1940
Je vois une étoile. Qui brille. Elle est belle, elle...
... M'attire.
Je repense à mes vacances d'été à Oléron. Ça a des relents d'algues et de tasses d'une eau de mer désagréablement marron-salé plus que de sable chaud. Ça doit être ça la différence entre la réalité et la poésie, l'odeur de l'océan.
Un flash plus fort qui m'emporte toute entière :
Une soirée.
Non, plutôt une nuit.
Profonde parce que perdue dans la campagne.
Un repas.
Agréable bien que rempli de moustiques à peine repoussés par la citronnelle qui dérange plus les papilles des hommes.
Agréable parce que moucheté d'étoiles. D'une en particulier, l'Etoile Filante.

(Murmure-lui un v½u si tu la vois passer !)
Faites que demain les petites voisines fassent le mur pour venir jouer chez nous même si elles ne sont pas habillées comme nous et même si papa ne veut pas que nous fréquentions « ces gens-là ». Amen.
Pas Amen ! Je confonds, ça c'est pour Dieu. Il écoute nos prières parce qu'il nous aime. Quand on prie une étoiles on dit « Je souhaiterais que » et puis « s'il vous plait », pour ne pas la froisser. C'est sauvage une étoile c'est gitan. Il faut lui parler avec douceur, ne pas l'obliger.
Les étoiles sont des oiseaux bleus.
Bleus comme le ciel.
Attrape-t-on le ciel ?
Les étoiles non plus, j'en ai peur !

MATHILDE ricane.
MAIS...
MAIS...
Mais qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans Mathilde ??
Mes rêves s'envolent, la place de la mairie reprend vie, le flou devient courbes et couleurs, traits et visages.

Tu as tué le Christ !
Même pas vrai !
T'es pas juive ?
Si, mais j'ai pas tué le Christ !


Houlà... Retour sur image, on recommence !
Qu'est ce que ça veut dire, juif ?

J'ai huit ans, je vais au catéchisme, à la messe, et j'ai jamais, JAMAIS, entendu dire que Charlotte avait tué le Christ, moi !

Hein, Anne-So, qu'elle a tué Jésus puisqu'elle est juive ?

Mathilde, c'est mon amie, c'est décidé, on fera médecine ensemble plus tard, et nos enfants seront amis, on habitera à côté,...
Charlotte, je la connais à peine, elle ne va pas à l'école Notre Dame de la Compassion comme nous alors entre les deux, bien sur que je choisis Mathilde.
Normalement.
Normalement je suis toujours pour Mathilde.
Mais là, elle va trop loin, pourquoi rejeter un si grand meurtre, qui a eu lieu bien avant notre naissance, et celles de nos parents, sur une si petite étoile de métal doré ?ça n'a pas de sens...


Paris, France, 1940...

texte: tigrou

image: enfance-du-monde

# Posté le samedi 09 février 2008 08:45

Modifié le samedi 16 février 2008 02:55

nouvelle toile

nouvelle toile
Avec l'envolée des premières notes
S'évapore la nuit
Je regarde ton visage s'y emmêler
S'y entrelacer sans fin
Jeu de fumée dans un monde blanc ours
Mes yeux se perdent dans la contemplation
De cet amour si rapidement déchu
De ce feu que les couleurs aguichent
Je t'ai aimé vrai, je t'ai aimé pur
Ça flotte en lettres de néon au dessus de nous
L'amour est comme l'oiseau bleu
On ne peut le retenir
Le mien est une vague a-colore
Qui aime le blond des blés
Le bleu tendre de ses yeux d'eau calme
Mon âme translucide se réchauffe à ses couleurs
Elle est ma palette, mon pinceau et ma toile tout à la fois
Besoin de recolorer mes jours si gris
A force d'avoir laissé la pluie de mes yeux mélanger le blanc au noir
Envie d'un peintre, d'une musicienne, d'un écrivain...

texte: tigrou

image: celine castell

# Posté le samedi 02 février 2008 04:08